Service d'Etude et de Prévention du Tabagisme

 

   

                                                                                                                                                                                                 

 

13. PROGRAMME DE LA FORMATION DES NORMALIENS

Prévention du tabagisme

 

Animer - concevoir et mettre en oeuvre - un module de prévention du tabagisme à l'école ; en discerner les articulations (consommation responsable, attrait du risque, assuétudes, enjeux pubertaires ou dynamique adolescente, santé, bien-être) ; en déterminer les contenus, les stratégies ; rencontrer pleinement  son public et susciter la participation des jeunes au profit de l'installation d'une distance critique à l'égard du produit.

 

Gérer un programme de prévention du tabagisme

 

1. Préambule

 

1.1 La formation de relais de prévention

 

Volontairement succinct, le présent document reflète ou synthétise les éléments d'une formation diffusée par notre équipe en Communauté Wallonie-Bruxelles et chez nos voisins français lors d'un programme européen.

 

Nous comptons sur la sensibilité professionnelle d'agents PMS ou PSE, d'animateurs et d'enseignants (1) motivés par la question tabagique afin d'assurer la prévention de la problématique au sein des écoles, en amont de toute assuétude, au seuil du long vertige adolescent. Le chantier de la prévention doit, au nom de sa référence à l'autonomie, s'intégrer de façon féconde au curriculum éducatif et respecter la cadre et l'esprit PSE.

 

(1) Notre ambition de qualifier l'aide aux fumeurs à déterminé parallèlement la mise en oeuvre d'un module spécifique adressé aux médecins généralistes ainsi qu'au personnel soignant des Hôpitaux Sans Tabac.

 

1.2 La nécessité d'une approche intégrée, multidimensionnelle et non directive

 

Les travaux qui, au cours de ces trois dernières décennies, ont été consacrées à la prévention des habitudes tabagiques ont largement confirmé l'inefficacité de l'intervention ponctuelle. En revanche, un programme adéquat servi par une approche multidimensionnelle doit permettre aux adolescents d'éviter le piège d'une assuétude exemplaire ou d'envisager favorablement l'arrêt.

 

L'évolution vers cet objectif requiert, de la part des bénéficiaires, l'exploration d'un répertoire cognitif (une objectivation qui participe à la démystification de la cigarette) et la compréhension des ressorts et des effets du comportement tabagique ou, plus profondément, l'interpellation du sujet dans son rapport à l'objet tabagique, au produit psychotrope, au risque, à la santé comme à soi-même.

 

1.3 Définition d'un cadre essentiellement non directif : une articulation psycho-pédagogique

 

Pour susciter la mise en question(s) d'un comportement tabagique ou la démystification de la cigarette, il faut, avant tout, que l'animateur ou l'enseignant renonce à vouloir imposer la vérité, sa logique ou la raison médicale, en un mot, la raison. Quand l'irrationnel a défini l'engagement tabagique, il est vain d'opposer la raison, vain de raisonner la jeunesse ou le fumeur.

 

Ce, d'autant plus que l'enjeu de son tabagisme est alimenté largement par le défi de cet âge adresse au maître, aux parents, c'est à dire à la génération qui lui réclame encore sagesse, obéissance. En dernière analyse, on fume, à treize ou quatorze ans, malgré toute information, pour, d'un geste écarter l'enfance. Alors que font défaut, chez nous, les rites et les symboles entérinant l'accès du jeune au statut comme à l'image adultes - une émancipation qui, par ailleurs, est l'objectif essentiel de l'éducation - nous savons que la cigarette apparaît comme un gage, un pas-sage, un visa...

 

On ne peut, dès lors, sans le concours de l'intéressé, sans  l'investissement des jeunes, élaborer le raisonnement qui pourra les toucher, déchiffrer la réalité mortifère de la cigarette et révéler cet esclavage en lequel est réduit qui lui cède...

 

2. Légitimité

 

En dépit de la démonstration de sa nocivité phénoménale au cours de la seconde moitié du XXe siècle et malgré les contraintes imposées de façon croissante à son marketing, après avoir donné l'impression de fléchir, le tabagisme a conservé son aura, sa prévalence auprès des jeunes et constitue, pour la santé publique, un fléau : devenu la première cause évitable de mortalité prématurée dans nos pays, en passe de l'être à l'échelon mondial et d'être aussi la première cause de maladie chez adulte, il abrège ainsi les jours de la moitié de ses consommateurs. Alors que la dépendance (à l'égard de la cigarette, en général et de la nicotine en particulier) rend inopérants le dessein d'en sortir et la seule "volonté", sans doute faut-il accentuer l'effort de la prévention du tabagisme au cours de la construction de la personnalité juvénile, en amont d'un rapport de toxicomane à psychotrope. Il convient d'alimenter (grâce) à l'école, un élan de réflexion largement orienté vers la promotion de la santé, le développement de l'autonomie, la question de la dépendance (et de la consommation-même), afin de permettre au jeune un dégagement critique, un vrai choix.

 

3. Objectifs

 

La prévention du tabagisme prend tout son sens en veillant donc à s'inscrire dans le cadre générique de la promotion de la santé de manière à permettre aux jeunes d'acquérir les aptitudes grâce auxquelles ils pourront prendre en toute autonomie, les décisions relatives à la préservation d'une intégrité physique et psychique. Il importe, aussi que soit démystifiée la cigarette, afin que sa réalité (deux grammes de matière essentiellement nocive) installe une distance critique entre le jeune ou le consommateur et ce produit saturé d'imaginaire. Susceptible de réfuter le tabac, l'adolescent peut réfuter plus sereinement tout investissement de nature addictive ou disqualifier les comportements ordaliques, au nom du respect qu'il porte à sa personne.

 

4. Structure de la formation

 

- Exposés théoriques

- Ateliers pratiques, interactions, débats.

- Exploitation des ressources (audio) visuelles rapportées à l'imagerie publicitaire internationale (survol historique) ainsi qu'aux différentes facettes du tabagisme : émissions télé, récents reportages ou documentaires.

Les séquences apportent, en l'occurrence, un flot d'informations précises, affectivées mais aussi plus concrètes, alors que les notions ne sont généralement par intégrées lorsqu'elles empruntent les canaux classiques et souvent déclassés par les jeunes. A l'école en tout cas, l'exposé magistral dessert la prévention, d'autant qu'il est très souvent perçu comme orienté, moralisateur, à cet âge en particulier, d'opposition frontale et d'imp(r)udence...

Le film a, quant à lui, toutes les chances de favoriser la suppression de ce filtrage auquel les fumeurs soumettent l'information disponible afin de rester bien en deçà de la conscience aigüe des répercussions du tabagisme et d'éviter, ce faisant, la dissonance cognitive qui en résulte.

 

5. Contenus

 

1° Tabagisme : inconséquence, effets, réalités

- La dépendance : multiple, aussitôt qu'on la dit physique et psychologique (ou, beaucoup mieux, sociale, comportementale, pharmacologique et symbolique)

- Les conséquences du tabagisme en matière de santé publique : dommages organiques et fonctionnels, répercussions physiologiques et morbidité, mortalité.

- La prévalence actuelle.

- Additifs et toxicité croissante, la question du light, les mentholées...

- Le tabagisme au féminin, tabagisme et contraception, tabagisme et vie foetale.

- Stratégies d'expansion de l'industrie du tabac. Marketing et mondialisation.

 

2° Déterminants psychosociaux du tabagisme juvénile

Nous recommandons l'exploration des concepts publicitaires afin de mettre à jour les ressorts de l'engouement du jeune adolescent pour le tabac. L'imagerie publicitaire autorise, au-delà d'une objectivation des principaux déterminants psychosociaux, le dévoilement des motivations inconscientes exploitées sans scrupules mais non sans brio par les concepteurs.

Ce travail encourage également l'introspection, la détection des mobiles sous-jacents, plus intimes, et confère l'occasion d'un questionnement précieux quant au rapport de l'homme (et du jeune) au risque, à son corps, à la sagesse, au développement durable, aux biens de consommation...

- Techniques publicitaires et motivations juvéniles

- Imagerie tabagique et manipulation du consommateur, mise à jour des motivations inconscientes.

- La publicité subliminale.

- Déterminants sociaux (normatifs) : initiation, tabagisme occasionnel, installation de la dépendance.

 

3° Eléments de psychologie de l'adolescent

Mieux cerner la dynamique ou l'économie de l'adolescent.
Puberté, jeunesse, ordalie, sagesse, exploration des limites et formation réactionnelle.

 

4° Eléments de communication

- Application du schéma de Jakobson au cadre de la prévention tabagique.

- Enjeux du comportement tabagique et résonance de la prévention.

 

5° Ecoute et climat non-directifs Carl Rogers

- Philosophie, concepts et principes

- Champ d'application

- Techniques non-directives

Un climat d'ouverture et d'authenticité permettra l'investissement spontané des protagonistes et la confrontation de points de vue parfois radicalement différents. L'animateur évitera tout jugement péremptoire en favorisant les échanges et le respect mutuel. En résulte un espace de parole et d'écoute où se formulent et se répondent à la fois des représentations, des clichés, des opinions personnelles : affects, informations pertinentes ou non vérifiées... Le débat, riche et passionné que peut alimenter nos documents renforce un questionnement personnel et prolonge une interpellation déclenchée par le film. On doit au psychothérapeute américain C. Rogers la définition de ce cadre où l'empathie prévaut. L'écoute empathique est patiente et permet la prise en considération des références et du système de pensée de l'interlocuteur. L'animateur en épouse alors, un moment, les méandres et peut témoigner de sa compréhension. Pour signaler cette ouverture, l'animateur accueille également les témoignages, il émet, sur des mots-clés, des relances utiles et sobres (en esquivant la synthèse, en reflétant le propos...) mais ne fournit pas de réponses, ou d'orientations. Car il ne s'agit pas de gagner la cause ou de clôturer le débat mais de permettre à chacun d'avancer vers un degré de lucidité propice : eu égard aux articulations du problème, à l'installation d'une distance critique, à l'éclosion d'une prise de conscience, à l'évolution du comportement d'attitudes ou, pour le moins, de représentations...

 

Le débat n'est aussi qu'une étape à l'issue de laquelle subsistent évidemment des lacunes et les préjugés des sujets fumeurs : à ce stade, il est donc essentiel de faire suivre une exploration plus méthodique et rigoureuse de l'univers tabagique. il faudra, bien sûr, éviter l'invalidation du climat non directif et redouter le parti pris de l'adolescent, la suspicion qui l'amène à disqualifier l'information délivrée par l'adulte à l'égard des méfaits de la cigarette : la théorie des dissonances cognitives et la psychologie de l'adolescent - qu'il soit fumeur ou même ambivalent -, rendent effectivement prévisible un zapping adolescent face à l'expertise adulte et face au discours de la prévention.

 

6° Consultation de références et recueil d'informations : une autonomie pour l'adolescent dans l'instruction de la problématique

- Exploration d'un référentiel multimédia : création d'une série de cours dossiers thématiques, mise en commun, mise à jour.

- Aménagement de questionnaires pilotant l'exploration des ressources documentaires.

La constitution d'un référentiel approfondi - portant sur les divers aspects du tabagisme - ainsi qu'un choix de questions pertinentes concourent à placer le jeune en position d'instruire lui même un dossier, puisqu'il brasse une information de manière autonome. L'étoffement du registre cognitif est ainsi l'effet non de l'enseignement (qui va du maître à l'adolescent) mais d'un processus l'apprentissage affectant largement la compréhension de l'intéressé.

 

7° Dissonance cognitive et promotion du sevrage

- Théorie et postulats (L. Festinger)

La dissonance cognitive est cet inconfort psychique , un tiraillement qui se fait péniblement sentir chaque fois que, dans le champ de conscience, entrent en conflit deux éléments contradictoires.

Exemple : au hasard : "Je suis fumeur, or je subis l'énoncé des méfaits du tabac."

Le modèle de L. Festinger explique avec une étonnante économie de moyens que, dans la mesure où l'être humain tend naturellement vers la consonance, la loi du moindre effort suscitera l'évacuation d'un terme : en l'occurrence, il est souvent moins coûteux pour le fumeur de réfuter les messages de prévention que de renoncer au comportement tabagique (en raison notamment de la dépendance).

Nous avons établi que, pour éviter la dissonance, le fumeur introduit la modalité du doute, s'agissant des infos les plus courantes ou les plus irréfutables : si le non fumeur juge vraie l'assertion fumer provoque le cancer, le fumeur ne la juge que probable et peut alors persévérer dans un tabagisme innocenté, exempt de certitudes.

- Cycle de cessation : la maturation d'un objet de renoncement chez le fumeur (Modèle transthéorique du changement de comportement de Prochaska - Di Clemente)

 

8° Rôles et délégation de responsabilités

- Le jeu de rôles et la prise en charge d'animations par les pairs.

- La conception, la mise ne oeuvre et l'administration d'une campagne de prévention dans l'école.

Le jeu de rôles (qui peut également servir les intérêts de la prévention) trouve une expression de premier choix dans la prise de rôle des jeunes au sein de l'école ou du quartier mais aussi de la famille : enrichis par les stratégies mises en oeuvre, ils peuvent, à bref délai, devenir de valeureux ambassadeurs auprès des proches ou des pairs, s'agissant de la prévention ; conception de campagnes, élaboration de messages (affiches et slognans, spots...) organisation d'un événementiel ou d'une exposition thématique.

 

9° Création d'un programme original de prévention

Au cours de la dernière séance du cycle de formation, les participants sont invités à planifier, dans une adaptation libre, en fonction d'un public ou d'un créneau prioritaire, en petits groupes, un programme de prévention tabagique, opérationnel et donc ajusté à l'institution destinataire.

 

10° Ethique et pertinence de la prévention ; la question de l'évaluation

Attitude et représentations, comportements tabagiques : intervenir à quel niveau, sur quel mode, en quel nom ? Définition des concepts ; articulation des concepts ; mobilité, mesure ; outils.

 

6. Public

 

Tout professionnel (enseignant, personnel de santé, animateur spécialisé), tout agent de prévention (quels que soient ses formation, titre ou mandat) mobilisé par la problématique et le voeu de répondre d'un projet de prévention du tabagisme au sein d'une école.

 

7. Intervenants

 

Deux psychologues ayant des années de pratique et de réflexion dans le domaine du sevrage et de la prévention, formateurs en tabacologie ou/et promotion de la santé à l'école.

 

8. Modalités

 

La formation proposée par le SEPT asbl (adossé au Centre d'Aide aux Fumeurs de l'UMH)

- s'adresse à des groupes constitués de sept à vingt participants ;

- comporte quinze à vingt heures utilement réparties en quatre à six séances (dates à négocier) ;

- se déroule au sein des locaux de l'institution qui centralise (école, bâtiment provincial ou communal, asbl), à votre meilleure convenance, ou dans nos locaux.

- suppose un coût (justifie un financement) chiffré à 750 euros, pour l'ensemble du groupe et du module (hors déplacements).

 

 

 

 

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