Service d'Etude et de Prévention du Tabagisme

 

   

                                                                                                                                                                                                 

14. LA METHODOLOGIE DE LA PREVENTION

 

La prévention du comportement tabagique en secondaire : Méthodes et séances mises en oeuvre au sein des classes de 1ère et 2ème (ou plus tard, afin d'intéresser les jeunes aux stratégies de prévention)

 

Pour autant que la prévention vise un public adolescent, nous pensons que la démarche assumée par l'école doit revêtir une approche :

  • dépassant la sensibilisation,
  • multidimensionnelle,
  • participative,
  • articulée sur des questions qui préoccupent aujourd'hui l'adolescent, qui affectent, en quelque manière, son bien être

Au seuil d'un module de prévention, l'animateur (ou l'enseignant) pourrait fonder son intervention (la première du cycle envisagé) sur l'interpellation concrète et sensible engagée par les ressources audiovisuelles.

 

André Lufin, cependant, nous incite à valoriser d'abord le "bagage" adolescent, l'exploration des représentations. Point d'ancrage au questionnement, ce moment pédagogique apporte aussi la démonstration d'un rôle inédit pour l'adulte : il renonce à la position du maître, il écoute, il s'enquiert, et chacun peut alors interroger la réalité comme un chercheur, un enquêteur, un journaliste...

 

Alors que se crée, au sein du groupe une envie d'en savoir davantage à l'égard des réels méfaits du tabagisme ou des manipulations dont l'industrie du tabac s'est rendue coupable au cours du 20ème siècle (à propos de la nicotine et des additifs ou quant à sa dangerosité, quant à son marketing, etc.) le questionnement se fera plus précis, plus riche et plus méthodique. Il serait dommage, en effet, d'en rester aux seules impressions laissées par les croyances et de camper sur les représentations liminaires, de s'en tenir à des lieux communs. Bien des choses alimenteront l'investissement critique et la vigilance à l'endroit de cet objet fascinant qu'est, pour le jeune adolescent, la cigarette : effets, dépendance, additifs...

 

C'est en ce sens que nous préconisons l'incitation des jeunes à recueillir une information qualifiée (pour, ensuite, en partager la richesse et mette en commun les connaissances et peut-être aussi les sentiments qui nous traversent : étonnement, désolation, colère à l'égard de ces données (1) moissonnés sur internet. La consultation de références (un court dossier (2) dont le thème est choisi par eux), la recherche autonome et l'instruction de ces dossiers devraient ainsi contribuer, s'agissant de l'attitude à l'égard de la cigarette, à  l'installation d'une distance critique assurée par l'étoffement du répertoire cognitif.

 

Au bout du cheminement, les élèves (alors qu'ils détiennent un morceau du puzzle - ayant exploré, chacun, leur thème - et qu'ils ont aussi, de façon progressive, élargi leurs connaissances et leur champ de questionnement) vont communiquer leurs acquis, vont les  partager de façon captivante et concise avec leurs condisciples, avant que ces données concrètes et sensibles orientent les démarches de prévention du tabagisme ou de la promotion de la santé qui seront engagées dans l'école.

 

La dernière étape est, en effet, résolument pragmatique et doit couronner le processus. En point de mire, en perspective, alimentant les ambitions de chacun, l'accomplissement d'un petit projet confère du sens à la démarche : l'enrichissement cognitif (3), à chaque étape, à chaque animation, devient donc instrumental aussitôt que les découvertes ou les acquis vont servir et vont inspirer le projet.

Avant d'entamer la collaboration que vous sollicitez, nous tenons donc à suggérer des jalons, des visées, des contenus, des stratégies, mais aussi l'articulation qui nous apparaît la plus indiquée...

 

Le travail est orienté par un souci d'objectivation graduelle : au départ, la mise à jour  de l'investissement subjectif qui donne à la cigarette un "capital-sympathie" aux yeux du jeune adolescent.

 

1°) du questionnement au questionnement : l'exploration des connaissances et des représentations, pilotée par un petit questionnaire (et la mise en commun qui lui fait suite), nous permet de valoriser le bagage adolescent (4).

 

2°) du subjectif à l'intersubjectif :

- élargissement des horizons via la vidéo (suivie d'un premier débat (5).

- enquête auprès de sujets fumeurs : aînés, parents, voisins, grands-parents.

 

3°) l'analyse de l'imagerie publicitaire (afin de révéler les ressorts de l'imaginaire et l'ampleur de la manipulation) nous permet d'approcher les motivations des fumeurs et la part d'irrationnel qui va gouverner les consommateurs.

 

4°) de la connaissance à la spécialisation : recherche autonome (en petit groupe) autour d'un thème au choix, relatif au tabac, à l'exploration de la toile (internet), via des mots-clés. Mise ne commun des travaux : présentation des "scoops" ou des principaux acquis par chacun des groupes et discussion.

 

5°) la constitution par les élèves, d'un projet de prévention dont l'efficacité s'appuierait sur les connaissances acquises au niveau de la psychologie (celle du fumeur, celle du consommateur, celle de l'adolescent) comme au niveau des arguments, des notions qu'il s'agit de faire passer. Les projets prendront souvent la forme, à ce niveau, d'une affiche ou d'un scénario de spot. On peut également concevoir, avec les élèves, une action pédagogique en faveur de l'école, un petit reportage (un scénario, du moins), des saynètes...

 

L'approche interdisciplinaire peut associer notamment les professeurs de français, des matières philosophiques et de sciences en n'omettant jamais de mobiliser la participation des élèves au processus. pour en souligner la pertinence, on peut affilier génériquement ces démarches à la pédagogie du chef d'oeuvre ou du projet.

 

Dans cette dynamique, l'animateur, en diversifiant les thématiques et les supports, sera toujours soucieux de ne pas stigmatiser les fumeurs... Ce n'est pas à lui de le faire.

 

Ce module peut être assumé par l'équipe enseignante, au cours d'un phasage modulaire où six fois deux heures, idéalement, seront investies.

 

Si nous devions prester comme animateurs, nous tenons à bénéficier, pour chaque heure, de la vigilance et de l'engagement concret d'un enseignant référent. Nous pouvons mettre à la disposition de votre école deux animateurs chevronnés, psychologues et formateurs en tabacologie. Sur un plan technique ou matériel, nous aurons alors besoin d'un magnétoscope ainsi que d'un projecteur vidéo. Nous nous déplaçons, bien sûr, avec nos supports d'animation.

 

(1) Le tabac tue beaucoup plus de gens que, réunis, les accidents de la route, les homicides et les overdoses, les suicides et le feu, le sida... - Les mentholées sont plus cancérigènes. - Les femmes et les enfants des pays pauvres (Amérique latine, Afrique, Asie) font l'objet de campagne où tout scrupule est balayé par les enjeux du marché...

(2) Le dossier papier ne contient qu'une information limitée : la recherche est pilotée sur le web avec un entrain décuplé.

(3) A l'égard du tabagisme et des sous-thèmes abordés : les dommages immédiats, les malades, la dépendance, les manipulations, les effets que subit l'entourage, la question du look ou de la beauté, la sexualité, le sport, le tiers-monde, la grossesse...

(4) La construction des savoirs, nous devons la fonder sur tout ce qu'ils nous diront (tout ce qu'ils savent ou croient savoir) et non pas sur l'expérience ou l'expertise adulte : un point de vue souvent rejeté par l'adolescent qui ne veut rien savoir de la réalité morbide affectant le tabac. Ce, dans la mesure où son investissement de la cigarette est essentiellement symbolique et chargé d'enjeux personnels (puissance, émancipation, défi,...).

(5) Un débat (que nous préférons non directif), autorise, avant tout, la mise en mots des affects et contribue, de façon décisive, à l'éclosion d'un questionnement souvent riche et passionné.

 

 

 

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