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Annexe 3
La culpabilité n'est pas un moteur
Plus que jamais, pour les pouvoirs publics et pour la communauté scientifique, le tabagisme passif est dans le colimateur... Un malaise évident pour le fumeur. Cependant, qu'on se le dise, hormis l'industrie du tabac - Philip Morris et les autres -, il n'y a pas de coupables : il n'y a que des victimes...
Un contexte inédit
Sous l'impulsion de l'OMS et de politiques intransigeantes ou mieux orientées - que servent aussi des investissements plus considérables et justement diversifiés -, la dénormalistaion du tabagisme a récemment pu connaître un développement déterminant : chez nous, l'ère du "geste sympa" semble ainsi révolue, comme est désormais bridée la grande accessibilité qui profitait naguère à la cigarette...
Il aura fallu plus de cinquante ans pour modifier le regard du grand public, à l'endroit des produits tabagiques, enfin perçus comme addictifs et morbides et jamais plus innocentés par la mention light ou par la référence au menthol. Fait majeur : les effets délétères de la fumée le sont aussi pour les non fumeurs. En dépit de la dénégation de l'industrie du tabac, le tabagisme environnemental ou passif est un phénomène établi dont la recherche a désormais chiffré l'impact. Au niveau des marchés traditionnels (ceux de l'Amérique et du Vieux continent), les fabricants de cigarettes ont récemment concédé les revers cinglants de plusieurs décennies de manipulations, rendues publiques aux Etats-Unis. De nos jours, il n'est plus anodin ni branché de fumer : le comportement tabagique est irrecevable au restaurant comme au boulot, dans les transports en commun ; dans les écoles, même à ciel ouvert... Et le paquet, surtaxé d'avertissements divers, d'un coût dissuasif (?) est en principe inacessible aux moins de 16 ans.
Parfois mal perçu par le consommateur, cet "emballement du sanitaire" n'est pas la croisade anachronique ou le vain combat de préventeurs obsédés : il répond d'un scrupuleux devoir politique à l'agard d'un fléau de santé publique étudié sous toutes ses coutures mais dont le surpuissant lobby tabagique a voulu cacher les effets... Le crime est quasi parfait quant la biostatistique est seule à pouvoir épingler sur le cadavre une imputation probante : il n'est pas de hasard dans l'écoulement spectaculaire de l'espérance de vie du fumeur ou dans la surexposition des consommateurs à ces pathologies nombreuses et connues (?) dont le cancer du poumon n'est que la figure de proue... Abusant de la présomption d'innocence, il y a bien longtemps que la cigarette est sournoisement devenue la première cause évitable de décès prématuré, loin devant - cumulés ! - ces raisons de mourir jeune ou trop jeune étalées dans la presse et qui nous font chercher des coupables à moins d'évoquer l'injustice ou la fatalité : suicides, homicides, incendies, sida, crashes (avion, route)...
Au niveau planétaire, cinq millions d'êtres humains décèderont chaque année d'avoir été fumeurs et, dans ce pays qui nous est cher, ne fût-ce donc que chez nous, chaque soir, les produits tabagiques auront couché pour toujours cinquante-cinq personnes accrochées au tabac : cancer, infar', emphysème ou thrombose... Dites-moi que nous en parlons trop...
Le gouvernement fédéral a pris ses responsabilités, s'agissant des mesures ayant pour effet la dénormilisation du tabac : campagnes, avertissements, restrictions, taxes, interdictions...
Tandis que la prévention du tabagisme incombe à la Communauté Wallonie-Bruxelles, vous aurez noté que l'aide aux fumeurs est du ressort de la Région. C'est à cet échelon que réside un formidable enjeu : car si le tabagisme est combattu sur tous les fronts, comment les consommateurs du tabac, les fumeurs dits réguliers (ceux qui en dépendent ou ceux qui l'aiment, au-delà de sa réputation mortifère), comment ces personnes accoutumées au tabac, jeunes ou moins jeunes, hommes ou femmes, informées de manière inégale et peut-être "à l'abri du besoin" mais plus souvent démunies, comment le quart de la population va-t-il assimiler ce nouveau cadre et pouvoir ancaisser la privation, la contrainte ou le manque ? Où trouver de l'aide auprès de professionnels avisés, de structures accueillantes ?
Encore faut-il répéter que septante pourcents des fumeurs, en tout cas, sont désireux d'en sortir à court ou moyen terme...
Aider les fumeurs en Wallonie
L'aide au fumeur, on le comprend dès lors, n'est pas limitée au sevrage, à l'accompagnement de la désintoxication tabagique, à l'étoffement des outils centrés sur la modification du comportement : l'aide au fumeur, c'est aussi la sensibilisation d'un public ambivalent, c'est la mise en projet d'un patient qui pourrait ajourner - des années - son intentions d'arrêt, c'est aussi la préparation d'un consommateur enfin motivé qui ne croit pourtant qu'à peine en ses chances... Au-delà de l'arrêt, c'est enfin la consolidation de sa démarche, avec la visée d'un mieux-être ou d'un nouvel équilibre : éviter la rechute ou les dérives induites à l'occasion par le sevrage (investissements boulimiques, effet de blues...)
Aider les fumeurs : un chantier pour le début du millénaire, où seront déterminants le crédit, l'attention, la compétence et l'interaction de catégories de professionnels au premier rang desquels figure évidement le médecin généraliste. A ses côtés, le pharmacien, les "coaches" en ligne au numéro vert de Tabac-Stop, les intervenants du cadre hospitalier, ceux des Maisons médicales et bien sûr les consultations spécialisées, les Centres d'Aide aux Fumeurs ; les fameux CAF où l'expertise appelle à se former des infirmiers, psychologues et médecins : la tabacologie prend cours au confluent des registres et des logiques affectant la dépendance et la thérapie du fumeur : dans les dimensions
- biomédicale ) ou proprement pharmacologique - et
- psychosociales aussitôt que l'aide au fumeru questionne un comportement, c'est dire aussi des liens plus ou moins profonds, plus ou moins conscients qui justifient le surinvestissement de l'objet, de la fumée, d'un rituel. Un être, une histoire, un contexte...
Outils, formations, diversification des offres et des modalités qui pourront baliser la réduction des risques ou l'abandon raisonné de la cigarette : il semblait primordial de mobiliser l'intérêt des acteurs potentiels et d'augmenter leurs moyens, leur sentiment d'efficacité personnelle dans l'abord et dans la gestion de la problématique : formation, formation continuée / post-formation : brochures ; intervision clinique avec induction profitable au travail de réseau requis par le Décret wallon relatif aux professionnels de l'aide aux personnes affectées par une assuétude...
En même temps, c'est vers un public cible ambivalent sinon rétif et spécialement vers les populations fragilisées que vont se déployer des initiatives originales et complémentaires : l'avènement des groupes de parole, une aide au niveau des filières de formation/requalification professionnelle ou sociale, tout l'invetissement des Maisons Médicales...
Depuis 2003, ce travail immense - entout cas par l'ambition qui l'anime - est orienté, structuré, mais également soutenu politiquement, cependant qu'il fait l'objet d'une évaluation formative au sein du Comité de Pilotage, à Namur.
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